Psys et maltraitance: méthodes et écoles

Publié le par Plume

Première séance chez un nouveau psy. Il m'interroge longuement sur mes parents: non pas sur ma relation avec eux mais sur leur passé, leurs relations avec leurs propres parents, leur vie, leurs difficultés personnelles,... Ca prend toute la place. Je répond avec complaisance mais en me sentant de plus en plus un personnage secondaire de ma propre thérapie. Le comble est atteint lorsqu'il sort un dossier datant de mon enfance où mes parents expriment leur avis sur l'enfant que j'avais été. Je me rends alors compte qu'il accorde plus de crédit à ce vieil avis de ceux qui m'ont maltraitée qu'à ma présence en face de lui.


L'entretien se conclut: "Vous voyez un peu comment je travaille et l'importante que j'accorde à l'intergénérationnel. Si ma méthode vous convient, nous pouvons commencer une thérapie ensemble."
Je conclus à mon tour: "Si vous souhaitez faire la thérapie de mes parents, je peux éventuellement vous donner leur numéro de téléphone mais je doute qu'ils souhaitent se soigner. En ce qui concerne ma thérapie, je préfère la faire avec quelqu'un qui me prendre en compte, moi."

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L'essentiel  n'est bien sûr pas la maladresse de ce monsieur.  Par contre, je trouve intéressant de m'interroger sur l'importance des courants de pensée dans les thérapies.  La plupart des thérapeutes se rattachent à un ou plusieurs grands courants qui influencent principalement leur pratique thérapeutique. Plusieurs questions se posent.

Est-ce si important pour nous autres patients?
C'est très important pour le thérapeute, sans aucun doute. Cela lui donne un cadre de référence, une approche de ses patients, des méthodes de travail privilégiées... Bref, pour lui, c'est important. Mais pour nous?
A très franchement parler, je ne le crois pas. Bien sûr, j'exprime ici un point de vue personnel et de non spécialiste. Mais franchement, pour moi, ce qui compte, c'est qu'un psy soit efficace. Et ceci quelles que soient ses méthodes.

Il me semble que les psys qui sont réellement efficaces ont dépassé ou en tout cas complètement intégré leur méthode et ne perdent pas leur temps à la mettre en avant comme le thérapeute maladroit de mon exemple. Ce qui compte avant tout pour eux et ce qu'ils mettent en avant, c'est le contact avec le patient. Ils ont fait de leurs méthodes un ensemble d'outils qui restent à leur place: une place secondaire par rapport à la personne qu'ils ont en face d'eux.

Faut-il interroger son thérapeute sur ses méthodes?
Franchement, si vous êtes satisfait de votre thérapeute, pourquoi s'embêter avec des questions techniques qui le concernent plus que vous? Mais si cela vous semble important, n'hésitez pas à l'interroger. Votre thérapeute doit pouvoir vous éclairer et vous expliquer sans être trop technique les grandes lignes des méthodes sur lesquelles il se base. Et pour certains, cela peut sembler rassurant.

Certaines méthodes sont-elles plus efficaces que d'autres?
Cela fait l'objet de longues discussions entre spécialistes. Ce que je pourrais dire là dessus relève avant tout de mon opinion personnelle et de nouveau, d'un avis non technique.
Cela n'empêche qu'à partir du moment où vous consultez un psy pour des problématiques liées à des faits de maltraitance, vous souhaiterez que ces problématiques soient prises en compte au mieux. Et il est vrai que dans ce cadre, certaines méthodes semblent plutôt mieux adaptées. Je vais essayer de faire la synthèse de ce que je sais à ce sujet.

 

  • Les méthodes psychanalytiques strictes (avec un psy qui vous met sur un divan et qui vous laisse vous exprimer en intervenant un minimum) ont la réputation de convenir moins bien au victimes de maltraitance. Pourquoi? Dans ce type de thérapie, la neutralité du thérapeute est un point important qui permet au patient de s'exprimer le plus librement possible et de faire remonter à la surface ses propres émotions. Or cette neutralité peut sembler blessante à un patient qui a un passé de maltraitance. Il y a le risque que cette neutralité du thérapeute rappelle la neutralité d'un entourage qui ne vous a pas défendu contre les mauvais traitements. Par conséquent, on privilégiera un thérapeute qui n'hésite pas à s'exprimer de façon bienveillante à votre égard et à prendre clairement votre parti contre vos agresseurs. C'est pourquoi des thérapies d'inspiration psychanalytique mais moins strictes quant au rôle du thérapeute conviendront mieux.

  • Les méthodes humanistes (ou centrées sur la personne) ont une bonne réputation concernant les patients victimes de maltraitances. Pourquoi? Ce sont des thérapies qui s'adressent à la part positive ou épargnée de chacun de nous et qui visent à reconstruire une identité positive sur cette base. Le thérapeute aura une attitude d'empathie et de soutien à votre égard, et cela semble donner une dynamique qui convienne bien et qui soit rassurante pour les anciennes victimes.

  • Les méthodes cognitives ne sont pas mauvaises. Il s'agit de thérapies courtes qui visent essentiellement à améliorer votre confort de vie par la disparition des symptômes que vous ressentez comme handicapants dans votre quotidien. Ce qu'on leur reproche? Elles sont plus courtes que les thérapies d'inspiration psychanalytique car elles ne vont pas rechercher les causes passées de nos comportements. En ce qui me concerne, j'ai tendance à craindre que par rapport à des faits bien enracinés dans le passé, comme les séquelles de maltraitance, il peut parfois être important d'aller à la racine des choses, jusque dans le passé qui est à l'origine de nos problèmes. Ceci dit, il existe des thérapies de type cognitif mais qui prennent en compte le passé de la personne.

  • Les méthodes systémiques consistent dans la prise en compte du système global dans lequel la personne qui fait la thérapie s'insère. Dans le cas de la maltraitance, la thérapie systémique aura une vision globale de l'ensemble de la famille maltraitante et de son fonctionnement. C'est un type de thérapie qui a une très bonne réputation dans le cas où les faits de maltraitance ne sont pas encore terminés: par exemple, lorsqu'on soigne un enfant qui va continuer à vivre (après une période de placement) dans la famille où il a été maltraité. Quant à son efficacité par rapport à des personnes adultes pour qui les faits de maltraitance sont terminés, j'avoue que je la connais assez peu.


En conclusion:
N'hésitez pas à vous renseigner sur les méthodes de votre thérapeute, en lien avec votre problématique de maltraitance,  si vous jugez que c'est un élément important de votre traitement. Mais n'oubliez pas que la méthode n'est pas tout.

Il faut également être conscient que les thérapeutes efficaces, même s'ils se rattachent à une méthode thérapeutique de façon plus particulière, sont capables de prendre en compte les apports d'autres méthodes pour être au plus proche de vous et de la résolution de vos difficultés.


C'est pourquoi il ne faut pas limiter un thérapeute à ses méthodes. Le rapport de confiance que vous pouvez tisser avec lui, quelles que soient les méthodes qu'il utilise, me semble également un élément essentiel. Choisissez un spy dont les méthodes vous conviennent mais choisissez avant tout un psy avec qui vous avez un vrai rapport de confiance, car c'est sur cette base que vous serez soigné au mieux.

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