Le dehors, c'est la fille posée, calme, douce, patiente. Le dedans, c'est la douleur des souvenirs, la marmite à pression de l'angoisse et, pendant des années, la crainte, chaque jour, de décompenser. Et aussi, la crainte qu'on sache tout ce qu'il y a derrière la façade. Mais on ne sait pas. Pendant mes études, l'équipe pédagogique m'a attribué un stage en psychiatrie, avec un public de psychotiques en situation de contrainte de soins. Et la directrice de l'école m'a dit: "Mais ça va aller, n'est-ce pas? Une jeune femme si calme, si patiente, si psychologiquement équilibrée que vous saura faire face […]
Ce dimanche, je me décide à faire le plein de fleurs et plantes pour embellir ma terrasse. Je me rends pour cela à l'autre bout de la ville dans une jardinerie qui a la particularité d'être une entreprise de travail adapté, proposant des emplois à des travailleurs porteurs d'un handicap. Une fois sur place, je me rends compte que le lieu n'est pas seulement une jardinerie mais propose aussi une ferme et un espace animations pour les visiteurs. Je passe l'après-midi sur place tant le lieu est convivial et chaleureux. Ce qui est particulièrement agréable, c'est que dans cet endroit, des personnes […]
L'autre jour, nous discutions, ma collègue et moi, de ce fait divers autrichien: ce père qui a séquestré sa fille pendant 19 ans, l'a violée et lui a fait sept enfants. Nous étions profondément choquées par les faits. C'est alors que revient cette fameuse phrase: "Ce qu'il faut pour ces gens-là, c'est la peine de mort. Ou alors une peine incompressible, et qu'ils souffrent, autant qu'ils ont fait souffrir." Ma collègue n'est pas la seule à tenir ce genre de propos. J'ai souvent entendu ce raisonnement. A propos de Marc Dutroux, à propos de Michel Fourniret, ... Globalement à propos de ceux qui […]
La première fois que j'ai demandé à être suivie par une assistante sociale, je devais avoir 27 ans. J'avais obtenu un rendez-vous avec une travailleuse d'un centre de santé mentale implanté dans un quartier plutôt défavorisé. Elle m'a écoutée gentiment expliquer en quoi j'avais besoin de son aide, puis m'a sorti bravement la liste de quelques écoles donnant des cours de langues, se demandant visiblement pourquoi je ne faisais pas ces démarches moi-même. Il semblait aller de soi qu'étant universitaire, je devais être capable de remplir par moi-même documents et formulaires, de rechercher les […]
Lisa avait 56 ans quand moi j'en avais 24. Nous nous sommes rencontrées à cette époque, à peu près. Elle était pour moi plus qu'une amie. A son mari, à ses fils, à ses amis, elle disait que j'étais "sa fille adoptive". Je passais chez elle les fêtes, une partie des vacances et les longs weekends où on fait le pont. Elle et sa famille ont aussi côtoyé mon compagnon. Dans le fin fond de ma tête, je me disais que le jour où j'aurais des enfants, elle serait une sympathique "grand-mère adoptive". Les années ont passé. J'ai cessé de travailler dans le secteur bancaire, qui ne me convenait pas, pour […]
Lorsque tout me fatigue et que je perds patience, lorsque je désespère d'être capable de vivre plus longtemps sur la crête de mes vieux traumatismes, je réécoute ce texte de Kipling et d'un coup tout s'apaise. Je sais que j'ai en moi, et avec certitude que je vais la trouver, la force de tout surmonter, d'aller juste un cran au delà du désespoir, de respirer, d'avancer, de nouer mon baluchon de détresse pour demain, me remettre debout. La littérature, n'est-ce pas cela: cette main qui se tend pour nous aider à vivre, pour nous donner les clés qui mènent à demain? […]
Lorsque j'ai commencé à tenir ce blog, j'ai assorti la possibilité pour les lecteurs de commenter les articles de toute une tartine de recommandations qui, à l'époque, me semblaient essentielles. Pour tout dire et vu le sujet principal de ce blog, je ne me sens pas à la hauteur de gérer les commentaires. Je crains d'une part de recevoir des commentaires inappropriés et blessants, et d'autre part de ne pas avoir la compétence pour répondre adéquatement aux commentaires d'anciennes victimes qui voudraient proposer leur témoignage. Par conséquent et pour ne pas me freiner dans l'écriture, j'ai pris […]
Novembre approche. Les jours raccourcissent et le temps se refroidit. Avec le changement d'heure, souffle un vent de déprime : ça y est, c'est l'hiver. Et c'est parti pour durer. Heureusement, pour me remonter le moral, il y a les fêtes. En ville, j'adore les paillettes et les dorures des décorations de Noël, les illuminations dans les rues et les sapins de Noël devant la porte de chaque magasin. Je passe un temps infini dans les boutiques, à scruter le moindre objet, à craquer pour des babioles, à empaqueter des choses à offrir. Sauf que moi, à Noël, je n'ai pas grand chose à fêter. Ça fait plus […]
J'avais 26 ans quand la décision a été prise. Je n'en pouvais plus de mentir, de faire semblant aux yeux de tous que tout allait bien et que j'avais une famille "normale". Je suis partie pour refaire ma vie ailleurs. Après la maltraitance, je voulais en finir avec le chantage et les menaces: puisque là-bas on m'obligeait à faire croire que j'avais eu une enfance heureuse sous peine de vivre sans famille, j'allais vivre sans famille pour ne plus avoir à faire croire que rien ne s'était passé. Je me rappelle très clairement du jour de notre départ. On avait entassé tout ce qu'on avait pu dans cette […]
Première séance chez un nouveau psy. Il m'interroge longuement sur mes parents: non pas sur ma relation avec eux mais sur leur passé, leurs relations avec leurs propres parents, leur vie, leurs difficultés personnelles,... Ca prend toute la place. Je répond avec complaisance mais en me sentant de plus en plus un personnage secondaire de ma propre thérapie. Le comble est atteint lorsqu'il sort un dossier datant de mon enfance où mes parents expriment leur avis sur l'enfant que j'avais été. Je me rends alors compte qu'il accorde plus de crédit à ce vieil avis de ceux qui m'ont maltraitée qu'à ma […]
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Il y a une vie après la maltraitance et l'inceste. Une vie heureuse, même. Ce n'est pas une vie sans séquelles et sans difficultés, y compris psychologiques. Mais cette vie est souvent riche, heureuse et assez éloignées des stéréotypes sur le devenir des anciennes victimes.