Les mistrals gagnants (2)

Publié le par Plume

C'était l'été dernier. J'étais à Milan pour une journée et en passant devant une librairie, j'ai remarqué ce livre, qui a attiré mon attention: "Maternità, il corraggio della scelta" (Maternité: le courage du choix).


Etonnamment, il s'agit d'un livre belge, écrit en français par une psychothérapeute belge: Isabelle Tilmant. Je ne l'ai jamais trouvé dans une librairie francophone. Le titre français, moins significatif ("Epanouie avec ou sans enfants"), joue sans doute en défaveur de l'ouvrage. Je l'ai donc acheté en italien et j'ai profité de mes vacances pour le lire, dans cette ambiance légère et vacancière qui était la mienne l'été dernier.


Aucun livre jusqu'ici ne m'avait parlé avec autant de justesse de ce qui fait sens pour moi concernant la question d'avoir ou non des enfants. Grâce à cette lecture, j'ai pu vraiment mieux explorer et approfondir mes propres sentiments et ambivalences au regard de la maternité. C'est pourquoi je voudrais partager ce que m'a apporté cette lecture.


  Isabelle Tilmant explique que toutes les femmes, celles qui ont des enfants comme celles qui n'en ont pas, ressentent des émotions ambivalentes à l'égard du désir d'enfant. A la fois les femmes ont le souhait d'avoir un/des enfant(s), à la fois elles ont le souhait d'une vie en dehors des soucis et préoccupations de la maternité. Elle ne se prononce pas sur ce qui est bien ou ce qui est mal et je crois que pour elle il est aussi bien de ne pas avoir d'enfants que d'en avoir: l'un comme l'autre choix se valent et c'est l'idée qu'elle défend.

 

Mais il ne s'agit pas seulement dans ce livre de défendre la liberté pour chaque femme de choisir. Isabelle Tilmant explore très longuement les motivations profondes qui peuvent habiter les femmes dans ce domaine. Elle les explique longuement, avec des exemples parlants, tirés de son expérience de psychothérapeute. Elle montre en quoi chaque femme peut être aux prises avec des émotions inconscientes très profondes, liées à son histoire personnelle et qui vont la pousser dans une direction ou dans l'autre, ou qui vont générer une souffrance lui rendant impossible de choisir d'avoir ou non des enfants.

 

Je propose de retirer de ce livre quelques exemples particuliers, qui ne s'appliquent pas uniquement à des cas de maltraitance mais qui me semblent bien refléter ce que peuvent éprouver les femmes ayant subi des faits de maltraitance. Ces exemples montrent en quoi le choix d'avoir ou de ne pas avoir des enfants peut être singulièrement compliqué par un passé difficile. Bien évidemment, ce ne sont que des exemples. Il est impossible et il serait injuste d'affirmer que toutes les femmes ayant été maltraitées ressentent l'ensemble de ces émotions et qu'elles sont les seules à les éprouver. Je trouve juste que ces exemples sont révélateurs des difficultés qui peuvent être rencontrées dans des cas comme les nôtres.

 

Le cas de la mère immature

Lorsque la mère est immature, ce qui est généralement le cas dans les situations de maltraitance, elle en vient souvent à se positionner comme l'enfant de son propre enfant. Si bien que l'enfant, devenu adulte, passe son temps et son énergie à s'occuper de cette mère omniprésente et inadéquate, au point qu'il ne reste plus de place pour fonder une nouvelle famille et avoir des enfants à soi. De plus la femme qui a eu une telle mère-enfant peut s'être sentie tellement envahie, dévorée par sa mère, au point de ne plus avoir d'espace pour exister. Elle peut craindre qu'avoir un enfant la remettrait dans la même position et chercher à éviter cela à tout prix.

 

Le cas de la mère rejetante

Certaines femmes ont eu une mère qui les rejetait violemment en tant qu'enfant, leur faisant sentir combien leur vie de femme aurait été meilleure si l'enfant n'avait pas existé. L'enfant développe donc une culpabilité immense d'exister: il est honteux d'être là et d'occuper une place dans ce monde. Une fois devenue adulte, une femme qui aura eu ce passé et intériorisé que sa propre existence est une erreur risque de ne pas oser mettre au monde des enfants qui vont perpétuer cette "erreur". Isabelle Tilmant explique que dans ce type de cas, le refus d'avoir des enfants a une composante suicidaire: je ne peux pas donner la vie puisque moi-même je suis en tort d'exister.

 

Le statut de mère comme statut salvateur

Isabelle Tilmant explique que dans certains milieux, dans certaines familles, le seul statut respectable pour une femme est la maternité. A cela j'ajoute que dans les familles où les enfants sont maltraités et les parents relativement protégés de la violence intrafamiliale, cette dimension peut prendre une place particulièrement importante: le seul moyen de cesser de subir des mauvais traitements semble alors être devenir mère, la maternité représentant une sorte de statut protecteur permettant d'éviter la violence.

 

Ces quelques exemples peuvent sembler caricaturaux, alors que le livre est beaucoup plus nuancé. Si vous vous questionnez à propos de la maternité, je vous invite sincèrement à le lire, ça enrichit grandement la compréhension qu'on peut avoir de tous les facteurs en jeu.

 

Ce que je trouve intéressant dans la réflexion d'Isabelle Tilmant, c'est qu'il n'y a pas de bon ou de mauvais choix, il y a par contre des choix justes parce qu'ils ont du sens par rapport à notre histoire et à la façon dont nous sommes capables à tel moment de nous situer, de la prendre en compte et de prendre en compte l'histoire de l'homme avec qui nous sommes en couple. Je trouve aussi intéressante l'idée que nous pouvons évoluer vers une meilleure connaissance des facteurs profonds qui nous font souffrir et qui nous empêchent de poser des choix constructifs pour nous et pour notre avenir. Et il est clair que cette connaissance meilleure de notre situation pourra apaiser, au moins en partie notre souffrance et nous permettre de clarifier notre position.

 

En ce qui me concerne, en tout cas, c'est une lecture qui m'a enrichie dans ma réflexion et m'a fait beaucoup de bien.


 

 

Voici une page web qui permet d'en savoir un peu plus sur Isabelle Tilmant et son travail.

Publié dans Ça fait vivre …

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