L'hôpital à la maison

Publié le par Plume

Ces jours-là, je ne sortais pas. Je m'installais durablement chez moi. Je prenais mes médicaments à heure fixe, comme si j'étais à l'hôpital et j'organisais mes activités suivant mon état. Si j'étais vraiment dans un état d'angoisse lourde que les médicaments arrivaient à peine à récupérer, je restais dans mon divan à dormir, lire et regarder la télévision. Si les médicaments me permettaient de surnager dans mon anxiété, alors j'organisais mon propre atelier d'ergothérapie : couture, cartonnage, cuisine ... Je m'installais dans des activités qui me donnaient l'impression que mes journées n'avaient pas été totalement "bouffées" par le mal être et que j'avais quand même réalisé quelques petites choses.


J'appelais ça "L'hôpital à la maison".


 

Le principe

L'hôpital à la maison, c'est une façon de vivre chez soi qui consiste à organiser ses journées dans un cadre très rassurant et régulier, similaire à ce que pourrait être une hospitalisation dans un service psychiatrique ouvert avec un diagnostic de dépression, par exemple. Il ne s'agit donc pour moi que de reproduire un cadre que j'ai connu lorsque j'ai été hospitalisée à certaines périodes de ma vie. Disons que je m'auto-hospitalise à mon domicile.

 

Comme je suis une patiente disciplinée et en même temps une professionnelle de la santé, je n'ai besoin que d'un peu d'autodiscipline pour mettre en place ma propre structure de soin à l'intérieur de ma maison. Une fois que j'ai moi-même diagnostiqué de mon état, il ne me reste plus qu'à être ma propre infirmière et ma propre ergothérapeute, et à suivre scrupuleusement le traitement que je me suis fixé, qui est bien sûr raisonnable et adapté à la situation.

 

L'efficacité

Le principe est simple, et il fonctionne. En général, dans mon cas, l'état de crise s'estompait au bout d'un ou deux jours. J'allais rapidement mieux et je pouvais reprendre une vie sociale et professionnelle normale, comme si de rien n'était, sans que qui que ce soit se doute que ma maison s'était momentanément transformée en structure psychiatrique, le temps d'un weekend.

 

En effet, c'est souvent le weekend que ça arrivait. En pratiquant de cette façon dans les périodes difficiles, je parvenais à vivre la semaine de façon normale, en allant au boulot, en passant du temps avec mon entourage comme si je n'étais pas submergée par le mal être et en prenant en charge le weekend le trop plein qui débordait. Car bien sûr, en cas de période difficile qui s'étale sur une plus longue durée, on peut poursuivre cette alternance durant plusieurs semaines voire plusieurs mois.

 

A quoi ça sert, me direz-vous?

Ce n'est sans doute pas très agréable de vivre chez soi dans un état de régression protectrice tel que celui qu'on peut connaître à l'hôpital. Je pense que dans certains cas, cela peut permettre d'éviter la décompensation et l'hospitalisation pure et simple. Cela peut dès lors permettre de protéger une insertion professionnelle, sociale, familiale, qui pourrait être mise à l'épreuve de façon plus lourde dans le cas d'une hospitalisation réelle.

 

Bien sûr, dans le cas où on vit en famille, il faut être vigilant à l'égard de ce que vivent nos proches. Si le conjoint ou les enfants se voient mis en situation chaque weekend de jouer les thérapeutes ou les soignants, cela peut peser lourdement sur eux. Dans un tel cas, il vaut parfois mieux une hospitalisation en milieu hospitalier, avec du personnel qualifié, qui prendra soin de celui qui souffre et permettra de protéger au mieux les relations familiales.

 

Indications et contre-indications

Pour moi, l'hôpital à la maison ne peut fonctionner que lorsqu'on a encore un petit brin de recul à l'égard de son mal être. Cela peut-être une solution ou une aide lorsqu'on est encore en état de savoir ce qui nous fait du bien et de le faire. Cela ne peut fonctionner que lorsqu'on est encore capable de bienveillance et de soin envers soi-même et nos proches.

 

Après tout, proposer aux enfants un dimanche à la maison, à lire et à préparer de la compote de pommes ... cela n'a rien de catastrophique. Et leur apprendre quoi faire et comment réagir positivement quand l'énergie vitale est en reflux, c'est sans doute pour eux aussi un apprentissage constructif.

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