Bien dans sa peau, bien dans son corps

Publié le par Plume

Je l'ai annoncé cet été: je fais régime. Voilà quatre ans que je n'y avais pas pris garde, quatre ans que les kilos se sont enrobés doucement autour de ma taille et de mes hanches, gonflant ma poitrine et mon visage.

 

Je m'étais séparée de l'homme aimé et je n'avais pas envie de le voir remplacé de sitôt. Alors ma façon à moi de faire savoir sans le dire que je ne veux pas plaire, de refuser les avances bien avant qu'elles ne s'avancent, c'est de me laisser surprendre par le surpoids qui m'envahit, comme par hasard, au moment où je me replie affectivement sur moi-même.

 

Et par dessus les kilos, j'ajoute encore les couches de vêtements qui se superposent, de la tête jusqu'au pied, hiver comme été.Un legging sous la jupe, une blouse longue sous la blouse courte, des longues files de boutons que je boutonne, de haut en bas et de bas en haut, des écharpes autour du cou ou des foulards quand il fait chaud ... Comme une douce fleur qui replie ses pétales le soir venu.

 

Et puis, on ne sait pas pourquoi, le vent qui m'habite a changé et la douce fleur déplie ses pétales, une fois le temps venu.


 

Le corps, cet encombrement

Après l'inceste, on se sent encombré d'un corps comme d'une chose lourde, dont on ne sait que faire et qui nous appartient si peu. Ce corps si difficile dont il faut prendre soin et qui ne nous rend pas bien tout le bien qu'on lui fait.

J'ai découvert tardivement, dans les listes de séquelles après l'inceste, la peur de l'eau sur le corps, vécue comme une nouvelle agression, et la difficulté à se laver. J'y associe aussi les difficultés à pratiquer des activités sportives qui, pour peu qu'elles recèlent des efforts importants et violents, sont également vécues comme de nouvelles agressions.

Combien d'années ai-je mis à apprivoiser ce corps à laver, ce corps à soigner, ce corps à maintenir en santé? Aujoud'hui encore, il y a les hauts et les bas de ce corps-là.

 

Un corps pour plaire

Mais n'est-ce pas précisément ça le problème: que ce corps a plu, qu'il a trop plu, qu'il a plu à qui il n'aurait pas dû. Comment ne pas en vouloir à ce corps d'avoir été l'objet de la convoitise d'un père qui franchement, aurait mieux fait de mettre ses convoitises ailleurs! Même longtemps après, on pardonne difficilement à son corps et on se réconcilie difficilement avec lui.

En ce qui me concerne, ce sont les hommes qui m'ont rendu mon corps, qui l'ont apprivoisé pour moi et qui me l'ont rendu aimable. Sans homme dans ma vie, j'erre à l'intérieur d'un corps déshabité qui me concerne peu.

 

Et pourtant

Là, j'ai pris la décision de faire régime, de me replaire et de me retrouver. Pourquoi? Je ne sais pas. Pourquoi maintenant, je sais encore moins. Mais c'est comme ça. Et pourtant j'aime tant le goût de fête que prennent ces instants de réconciliation avec moi.

Publié dans Traces

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